Économie

Emprunter 100 $ coûte 9 $ à l’Afrique, 4,70 $ à l’Asie émergente : l’AfCRA veut changer la lecture du risque

Lancée à Maurice sous l’égide de l’Union africaine, l’AfCRA entend offrir une autre évaluation de la solvabilité du continent. Son capital sans État et sa première note à la baisse décideront de sa crédibilité.

Fanja Rakotonirina Par Fanja Rakotonirina
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Emprunter 100 $ coûte 9 $ à l’Afrique, 4,70 $ à l’Asie émergente : l’AfCRA veut changer la lecture du risque
Écrans et ordinateur portable affichant des graphiques de cours dans une pièce faiblement éclairée.

En bref

  • L’AfCRA a été lancée le mercredi 7 octobre à Maurice, où elle a son siège.
  • Le MAEP de l’Union africaine a piloté sa création après près d’une décennie de discussions.
  • Aucun gouvernement africain ne doit être actionnaire de l’agence.
  • Selon des analystes, son premier test sera d’abaisser la note d’un pays africain.

L’AfCRA ne fait pas baisser d’elle-même le prix du crédit africain. Elle ajoute une évaluation de la solvabilité des États, des entreprises et des institutions, pensée depuis le continent, face aux trois agences qui dominent le marché. Son poids dépendra de sa capacité à prouver qu’elle note sans complaisance, ce que ses promoteurs affirment garantir en écartant les gouvernements de son capital.

Un lancement à Port-Louis, avec du retard

L’Agence africaine de notation de crédit a été inaugurée le mercredi 7 octobre à Maurice, archipel de l’océan Indien et place financière établie, qui accueille son siège. Selon RFI, elle veut offrir une lecture africaine du risque financier. Le projet est né sous l’égide de l’Union africaine, et le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) en a piloté la mise sur pied.

Le chemin a été long : près de dix ans de pourparlers, puis une inauguration avec un peu plus d’un an de retard sur le calendrier initial, d’après Jeune Afrique. Des chefs d’État, des gouverneurs de banques centrales et des représentants des grandes agences américaines ont fait le déplacement.

Le pays hôte y voit son intérêt. La ministre mauricienne des Services financiers, Jyotee Jeetun, y voit une occasion de faire de l’île une passerelle entre l’Afrique et les marchés internationaux, en contribuant à mobiliser davantage de capitaux vers le continent.

Le reproche adressé à Fitch, Moody’s et S&P

L’agence se présente comme une option face aux trois géants de la notation, accusés de mal évaluer les pays africains. Le premier grief tient à la couverture du continent.

23pays africains sans note des trois grandes agences, selon le MAEP
32 sur 55États couverts, d’après les chiffres rapportés par RFI

Le second concerne les conséquences d’une mauvaise note. Comme le rappelle Seneweb, une évaluation défavorable complique l’accès au crédit et alourdit la facture, car des taux d’intérêt élevés sont alors appliqués. Certains experts ajoutent que ces agences négligent le secteur informel, invisible dans les données officielles alors qu’il compte beaucoup dans les économies africaines.

Le président nigérian Bola Tinubu a résumé la revendication : l’Afrique ne demande pas une notation favorable, mais une notation juste, fondée sur ses données fondamentales et sur les réformes en cours.

Ce que coûte l’argent emprunté, région par région

Les estimations de l’OCDE pour 2024 donnent la mesure de l’écart, pour chaque tranche de 100 $ levée sur les marchés internationaux.

Région emprunteuse Coût pour 100 $ empruntés (2024)
Afrique 9 $
Amérique latine 6,50 $
Marchés émergents d’Asie 4,70 $

L’Afrique paie donc près du double de l’Asie émergente pour la même somme. Que l’AfCRA réduise cet écart n’est pour l’instant qu’une ambition de ses promoteurs.

Un capital verrouillé pour garantir l’indépendance

L’actionnariat est conçu comme un rempart contre les pressions politiques :

  • aucun gouvernement africain n’est autorisé à détenir de parts ;
  • les 1 000 actions émises au départ appartiennent à Plus 94 Research, société sud-africaine de recherche ;
  • 2 000 actions supplémentaires doivent ensuite être proposées à des investisseurs agréés.

Sifiso Falala, directeur général par intérim, juge cette indépendance essentielle, et les promoteurs promettent qu’aucun État n’interviendra dans les notes.

Côté MAEP, sa directrice générale Marie-Antoinette Rose-Quatre voit dans l’agence la détermination de l’Afrique à renforcer sa souveraineté financière. Ce site a déjà analysé pourquoi l’AfCRA doit convaincre les marchés.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Rafael Minguet Delgado. Licence Pexels.

Fanja Rakotonirina

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Fanja Rakotonirina

Fanja Rakotonirina a travaillé dans la microfinance avant de se tourner vers le journalisme économique. Elle couvre pour Afriquenligne l'économie, la santé publique et la culture, avec un intérêt marqué pour l'entrepreneuriat féminin et les chiffres qui éclairent la vie quotidienne. Le week-end, elle chante dans une chorale.