Navi Pillay, juriste sud-africaine, reçoit le Nobel de la paix 2026
Le comité norvégien distingue la juriste Navi Pillay, saluée par la CPI, l’ONU et Pretoria. Israël critique vivement un choix lié au rapport sur Gaza.
Le comité Nobel norvégien a attribué le prix Nobel de la paix 2026 à la juriste sud-africaine Navi Pillay, annoncé le 9 octobre. Âgée de 85 ans, elle a passé sa carrière à défendre les droits humains et à poursuivre les crimes les plus graves, du Rwanda au Proche-Orient. Le choix est salué par les institutions où elle a travaillé et par Pretoria, mais Israël l’a vivement condamné.
En bref
- Âgée de 85 ans, elle a passé sa carrière à défendre les droits humains et à poursuivre les crimes les plus graves, du Rwanda au Proche-Orient.
- de Klerk parmi les lauréats sud-africains du prix de la paix.
- Navi Pillay prend la suite de María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne et lauréate en 2025.
Le motif du comité
Selon BBC Afrique, le comité salue son engagement pour la paix ainsi que pour le droit international. Le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a évoqué un fil conducteur qui relie ses premiers travaux auprès d’opposants à l’apartheid, dont Nelson Mandela, à son action de juge dans plusieurs affaires internationales marquantes. Selon lui, elle a œuvré pour que les États et leurs dirigeants rendent des comptes, et elle a redonné espoir aux victimes.
Frydnes a aussi averti que le droit international subit une pression énorme. « Lorsque la force l’emporte sur la raison, cela sape la stabilité », a-t-il déclaré. Le comité a reçu 287 candidatures cette année, dont les noms restent secrets.
Un parcours né sous l’apartheid
D’après Mondafrique, qui reprend un texte de l’AFP, Navanethem Pillay est née à Durban le 28 septembre 1941. Fille d’un chauffeur de bus, d’un milieu modeste, elle a vécu son enfance et sa jeunesse en pleine ségrégation. Formée au droit en Afrique du Sud, elle a complété son cursus par un master et un doctorat à l’université américaine de Harvard.
- En 1967, elle ouvre son propre cabinet dans la province du Natal, une première pour une femme non blanche.
- En 1973, elle fait reconnaître le droit de consulter un avocat aux détenus politiques de Robben Island, la prison de Nelson Mandela.
- Elle siège ensuite huit ans au Tribunal pénal international pour le Rwanda, dont quatre ans comme présidente.
- En 2003, elle rejoint la Cour pénale internationale (CPI), où elle reste jusqu’en 2008.
- Entre 2008 et 2014, elle dirige le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.
La BBC ajoute qu’elle siège aussi comme juge à la Cour internationale de justice, dans le dossier où le Myanmar est accusé de génocide. Jeune Afrique rappelle que son nom rejoint ceux de Nelson Mandela, Albert Luthuli, Desmond Tutu et F. W. de Klerk parmi les lauréats sud-africains du prix de la paix.
Les réactions
Selon RFI, la présidente de la CPI, Tomoko Akane, a estimé que cette reconnaissance revêt une signification particulière à une époque où l’ordre juridique international est confronté à des défis considérables. Volker Türk, qui dirige le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, a félicité celle qu’il appelle sa grande sœur, jugeant que le prix rappelle que l’état de droit et la responsabilité sont essentiels à la paix.
En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a salué les contributions de la lauréate pour renforcer la paix et défendre la dignité humaine. Fikile Mbalula, secrétaire général de l’ANC, a rappelé qu’elle figure parmi les juristes nommés juges à la Haute Cour par Nelson Mandela. Sur X, Ursula von der Leyen, à la tête de la Commission européenne, a salué une défenseure des persécutés.
Le rapport sur Gaza et la critique d’Israël
Navi Pillay a dirigé la commission d’enquête indépendante de l’ONU dont le rapport, publié en septembre 2025, conclut qu’Israël commet un génocide à Gaza. Mondafrique précise que cette commission n’engage pas l’ONU elle-même. Israël avait rejeté ce rapport en le qualifiant de biaisé et mensonger.
Après l’annonce du prix, le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi sur X en dénonçant une récompense qui servirait, selon lui, à légitimer la haine et les préjugés anti-israéliens. Interrogé par l’AFP pour savoir si le comité Nobel estime lui-même qu’Israël commet un génocide, Jørgen Watne Frydnes a répondu que le comité n’est pas un tribunal, que le rapport est celui de la commission et qu’il appartiendra à la Cour internationale de justice de trancher en dernier ressort.
Ce que le prix change, et ce qu’il ne change pas
Le Nobel ne produit aucun effet juridique. Il met en lumière une personnalité et, ici, un combat pour la justice internationale à un moment où les institutions concernées sont sous pression. L’AFP rappelle que la CPI a lancé en 2024 des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant, jamais exécutés à ce jour, et que Donald Trump a pris des sanctions contre des magistrats, des procureurs et des employés de la Cour. Frydnes a lui-même cité ces sanctions, en disant que le monde a besoin de personnes dotées de courage et de détermination.
Le prix, qui comprend un diplôme et un chèque de 12 millions de couronnes suédoises, sera remis le 10 décembre à Oslo. Navi Pillay prend la suite de María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne et lauréate en 2025.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons, Navi_Pillay,_AGJA_member_and_Former_United_Nations_Commissioner_for_Human_Rights_(44446425381).jpg. Photographe : Wayamo Foundation. Licence : CC BY-SA 2.0.
Poursuivre la lecture




