Washington veut exclure l’Afrique du Sud et le Rwanda de l’Agoa, pour quels motifs
Jamieson Greer juge que Pretoria et Kigali ne remplissent plus les conditions de l’accord, qui exempte de droits de douane une trentaine de pays africains.
En bref
- Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, a annoncé le lundi 2 novembre vouloir exclure deux pays de l’accord commercial.
- Les griefs visant Pretoria et Kigali diffèrent, entre corruption, droits de l’Homme et barrières aux investissements.
- Pretoria regrette que de nouvelles questions soient soulevées après des négociations ouvertes en 2025.
Jamieson Greer, qui dirige le commerce extérieur pour la Maison Blanche, a fait savoir dans un communiqué publié le lundi 2 novembre que Washington souhaitait écarter l’Afrique du Sud ainsi que le Rwanda du dispositif Agoa, car ces deux pays ne se conformeraient pas à ses conditions, selon RFI.
Un accord central, récemment renouvelé
L’Agoa (African Growth and Opportunity Act) constitue un pilier des échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis. Ce dispositif autorise les pays africains à vendre sur le marché américain une large gamme de marchandises sans payer de droits de douane. En principe, une trentaine d’États sur la cinquantaine du continent en profitent. Les marchandises couvertes s’étendent des vêtements aux automobiles, igname comprise.
Le Congrès américain avait renouvelé le dispositif en septembre dernier, ce qui donne à cette annonce un relief particulier.
Jamieson Greer fonde la décision sur la revue annuelle de l’accord, conduite ces dernières semaines. Il affirme que « le président Trump a estimé que les gouvernements du Rwanda et de l’Afrique du Sud ont pris part à des pratiques qui ne respectent pas les critères d’éligibilité à l’Agoa ».
Pretoria dans le viseur
L’Afrique du Sud compte parmi les principaux bénéficiaires de l’accord. Le gouvernement américain lui reproche une prétendue persécution des Afrikaners, descendants des colons blancs européens. Ce grief n’est pas démontré.

Le texte évoque également des restrictions visant le commerce et les investissements des États-Unis sur place, le degré de corruption, de même que des risques pour la sécurité nationale américaine et pour ses intérêts en matière de politique étrangère.
Pretoria dénonce de nouvelles exigences formulées par Washington, malgré des concessions supplémentaires de sa part. Le ministre sud-africain du Commerce, Parks Tau, a déclaré : « Il est toutefois regrettable que les États-Unis soulèvent à présent de nouvelles questions qui n’ont pas servi de base aux discussions dans le cadre du processus de négociation entamé en 2025 ».
Deux dossiers, des reproches distincts
Les motifs avancés ne se recoupent que partiellement. Ils se lisent côte à côte.
Afrique du Sud
- Prétendue persécution des Afrikaners
- Restrictions pesant sur le commerce et sur les investissements des États-Unis
- Degré de corruption
- Menaces pour la sécurité nationale et les intérêts de politique étrangère des États-Unis
Rwanda
- État de droit et pluralisme politique
- Droits des travailleurs et respect des droits de l’Homme
- Barrières tarifaires et aux investissements
Le Rwanda et la guerre dans l’est de la RDC
Les rapports entre Washington et Kigali se sont sensiblement dégradés au fil des derniers mois. Selon les États-Unis, le Rwanda continue d’apporter un appui financier et militaire au groupe armé congolais M23 et profite du désordre qui règne dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces accusations émanent de Washington.
De son côté, la Maison Blanche s’efforce de conclure un accord de paix afin de mettre fin à un conflit vieux de plus de 30 ans, responsable de centaines de milliers de décès. Au début de 2025, le M23, déjà maître de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a pris Goma puis Bukavu à l’issue d’une offensive extrêmement sanglante.
Photo : NEHEMIAS GOMEZ FOTOGRAFIA / Pexels
Poursuivre la lecture




