Pour chaque dollar investi dans la nature, trente vont à sa destruction

Quatre ans après l’accord de Montréal, la COP17 dresse un bilan à mi-parcours : les promesses des États laissent la cible de protection loin d’être atteinte.

Fanja Rakotonirina Par Fanja Rakotonirina
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Pour chaque dollar investi dans la nature, trente vont à sa destruction
Une forêt dense borde une rivière : une image qui illustre la nature, dont chaque dollar investi pour la protéger est loin de compenser ce qui va à sa destruction.

En bref

  • La COP17 sur la biodiversité se tient à Erevan, en Arménie, du 19 au 30 octobre.
  • Près de 90 % des pays ont remis un plan national, dont plus de 90 % des pays africains.
  • Le Fonds de Cali, destiné aux contributions des entreprises, ne contient que 6 000 dollars.
  • 130 entreprises demandent une réforme des subventions néfastes à la nature.

La COP17 de l’ONU sur la biodiversité a ouvert ses portes le lundi 19 octobre à Erevan et se poursuit jusqu’au 30 octobre. Les gouvernements y mesurent ce qu’ils ont accompli depuis le pacte signé en 2022 à Montréal par près de 200 pays, censé mettre fin à la destruction de la nature d’ici 2030, comme le détaille RFI.

Un pacte à 23 cibles, jugé à mi-parcours

L’accord de Kunming-Montréal est présenté comme l’équivalent, pour le vivant, de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat. Il compte 23 objectifs concrets. Les principaux : protéger 30 % des terres et des mers, restaurer 30 % des écosystèmes dégradés, réduire de moitié le risque lié aux pesticides et freiner la surexploitation comme la pollution des océans.

Des plans nationaux, mais une cible hors d’atteinte

Côté engagement, le bilan est encourageant : près de 90 % des pays ont remis un plan national détaillant leur contribution. Les pays africains ont joué le jeu : plus de 90 % ont fixé des objectifs nationaux et plus de la moitié ont précisé comment les atteindre.

62 %du PIB africain dépend fortement de la nature
26 % et 12 %des terres et des mers protégées en 2030 si les promesses actuelles sont tenues, contre 30 % visés

Pour l’Afrique, l’enjeu est économique. Ousseynou Kassé, président du groupe Afrique, le résume : « les populations africaines sont dépendantes de cette biodiversité en termes de nourriture, de revenus économiques, sans oublier les soins de santé. »

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a présenté à Erevan un rapport du PNUE qui chiffre l’écart entre promesses et objectif. Selon Agnès Hallosserie, qui suit les négociations pour l’IDDRI, la protection et la restauration ont plutôt bien progressé, mais des obstacles structurels persistent dans l’agriculture, la pêche et la forêt. Les États se sont engagés à réorienter leurs subventions nuisibles, sans que cela se concrétise : Inger Andersen, directrice du PNUE, relève que « pour chaque dollar dépensé dans la protection de la nature, trente sont dépensés pour des activités qui la détruisent ».

Le bras de fer sur l’argent

Dès la séance d’ouverture, les pays africains et les petites îles ont rappelé aux pays occidentaux leurs engagements financiers et de transfert de capacités techniques. Plusieurs points structurent la discussion :

  • L’objectif de 20 milliards par an de transferts du Nord vers le Sud d’ici 2025 serait en passe d’être atteint, avec retard, alors que les coupes dans l’aide au développement brouillent l’avenir.
  • Le Fonds de Cali, entériné à la COP précédente en Colombie pour recevoir les contributions volontaires d’entreprises exploitant des données génétiques numérisées, ne compte que 6 000 dollars. Les discussions porteront sur son renforcement, et certains pays proposent de récupérer d’abord une partie des fonds au niveau national.
  • L’élargissement des contributeurs : l’Union européenne, la Norvège, le Japon, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande veulent que la Chine et les pays du Golfe soient associés plus clairement. L’Arabie saoudite a émis des réticences d’emblée.

Les États-Unis ne font pas partie des pays membres de ces négociations, tandis que la Russie et les pays du Golfe jouent depuis plusieurs années un rôle d’obstruction.

Les entreprises et le calendrier climat

Hors de la salle de négociation, 130 entreprises, dont BNP Paribas, Danone et Hermès, ont récemment appelé à réformer les subventions qui financent l’agriculture intensive ou la pêche industrielle. Le même débat sur l’élargissement des contributeurs revient dans les conférences climat : la prochaine s’ouvrira le 9 novembre à Antalya, en Turquie, peu après la fin de la COP17.

Antonio Guterres a rappelé l’enjeu en ces termes : « Nous pouvons encore stopper et inverser la perte de biodiversité, et sauver les fondations naturelles dont dépendent notre vie et notre prospérité ». Les contributions de l’Afrique à la nature mondiale sont détaillées dans un article consacré à la biodiversité africaine.

Photo : Alex Avila Gonzales / Pexels

Fanja Rakotonirina

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Fanja Rakotonirina

Fanja Rakotonirina a travaillé dans la microfinance avant de se tourner vers le journalisme économique. Elle couvre pour Afriquenligne l'économie, la santé publique et la culture, avec un intérêt marqué pour l'entrepreneuriat féminin et les chiffres qui éclairent la vie quotidienne. Le week-end, elle chante dans une chorale.