À Cotonou, 72,1 % des entreprises subissent des coupures d’électricité chroniques

Coupures chroniques, opérateurs fragiles et capital cher : au sommet des think tanks de Cotonou, la recherche africaine cherche les réformes qui feront de l’énergie un levier.

Mariam Coulibaly Par Mariam Coulibaly
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À Cotonou, 72,1 % des entreprises subissent des coupures d’électricité chroniques
Photo d’illustration. Détail d’un isolateur en céramique et de câblages sur une ligne électrique.

En bref

  • Le 12e Sommet des Think Tanks d’Afrique s’est tenu du 28 au 30 octobre à Cotonou.
  • Selon des études présentées, 72,1 % des entreprises d’Afrique subsaharienne subissent des coupures chroniques.
  • Seul un quart des sociétés publiques d’électricité couvrent leurs coûts et le service de leur dette.
  • Un Agenda d’action de Cotonou doit clore les travaux.

Pour que l’électricité africaine devienne un moteur de croissance, les experts réunis à Cotonou estiment qu’augmenter les raccordements ne suffit pas : l’approvisionnement doit aussi être fiable, les opérateurs doivent rester solides financièrement et le coût des capitaux investis doit baisser. Ces enjeux ont structuré la 12e édition du Sommet des Think Tanks d’Afrique, tenue entre le 28 et le 30 octobre, comme le rapporte Malijet.

L’intitulé de la rencontre était « Accès à l’énergie et transformation économique : dispositions pratiques pour la viabilité, la croissance et la réforme du secteur de l’électricité en Afrique ». À l’ouverture des débats, Aristide Mèdénou, ministre de l’Économie et des Finances du Bénin, a invité les réseaux de recherche à guider les choix des pouvoirs publics et à aider à écarter les freins institutionnels comme financiers qui pèsent sur cette filière.

Fréjus Thoto, qui dirige le Centre africain pour le développement équitable, partage ce point de vue : le savoir élaboré par les think tanks devrait irriguer davantage la décision publique. Selon lui, il convient de mieux cibler les investissements dans l’énergie pour obtenir une hausse de la productivité et des effets tangibles sur le terrain.

Ce que coûtent les coupures aux entreprises

72,1 %des entreprises d’Afrique subsaharienne subissent des coupures chroniques
14 heuresd’interruption d’activité par mois en moyenne
51,1 %possèdent ou partagent un groupe électrogène

Ces chiffres sont issus de travaux exposés par Holy Ranaivozanany, directrice exécutive adjointe de la Fondation Afrique-Europe. Ils indiquent qu’une alimentation électrique défaillante handicape directement la production : au-delà de la moitié des entreprises doivent acquérir un groupe électrogène, ou le partager, afin de continuer à travailler.

De son côté, Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique, considère qu’une politique énergétique ne se juge pas uniquement au nombre de raccordements réalisés. Son apport doit se mesurer en matière de productivité, de transformation de l’agriculture et de développement de l’industrie, sans négliger les perspectives qu’ouvre la Zone de libre-échange continentale africaine.

Des opérateurs publics sous tension

De la santé financière des compagnies d’électricité dépendent l’entretien des infrastructures, la qualité du service et le déploiement des réseaux. Pourtant, d’après les chiffres avancés durant le sommet, un quart seulement des entreprises publiques d’électricité du continent parviennent à payer à la fois leurs charges d’exploitation et les échéances de leur dette, ce qui réduit leurs possibilités d’investir sur la durée.

Les participants recommandent plusieurs pistes :

  • réduire les pertes techniques et commerciales ;
  • améliorer la gouvernance des opérateurs ;
  • renforcer la transparence ;
  • garder des prix abordables pour les foyers comme pour les entreprises.

Financer le réseau et le connecter à l’échelle régionale

Le tableau ci-dessous reprend les principaux repères avancés pendant les débats.

Enjeu Repère présenté
Besoins en infrastructures 155 milliards de dollars chaque année jusqu’en 2040, d’après le rapport Dynamiques du développement en Afrique 2025 publié par la Commission de l’Union africaine et l’OCDE
Part des investissements privés mondiaux 6 à 8 % captés par l’Afrique
Coût moyen pondéré du capital 13 % en 2023 pour les projets d’infrastructure africains
Intégration énergétique économie pouvant atteindre 40 milliards de dollars en investissements, d’après les projections exposées
Mission 300 offrir un accès à l’électricité à 300 millions de personnes de plus en Afrique subsaharienne à l’horizon 2030, avec l’appui de la BAD et de la Banque mondiale

Pour la Commission de l’Union africaine, l’Agenda 2063 passe par l’intégration énergétique. Elle recommande d’aligner les cadres réglementaires et de consolider les pools énergétiques régionaux, de façon à tirer le meilleur parti des infrastructures transfrontalières.

Le succès de Mission 300 dépend en particulier des réformes sectorielles et de la levée de fonds publics et privés. Des financements à conditions avantageuses peuvent encourager les investisseurs privés à s’engager, et des garanties ainsi que des dispositifs de répartition des risques peuvent protéger les projets à long horizon, surtout contre les aléas de change et de marché.

Illustration générée par IA

Mariam Coulibaly

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Mariam Coulibaly

Mariam Coulibaly a commencé dans la rubrique économie d'un hebdomadaire d'Abidjan, entre bilans d'entreprises et cours du cacao. Elle suit pour Afriquenligne les marchés, l'investissement, l'emploi et les entreprises africaines, avec un goût prononcé pour les exemples concrets plutôt que les grands chiffres. Elle collectionne les pagnes anciens, qu'elle ne porte jamais mais qu'elle montre volontiers.