Économie

L’AfCRA, agence de notation africaine, doit convaincre

Lancée à Maurice après près d’une décennie de discussions, l’agence de l’Union africaine promet des notes plus justes. Reste à convaincre ceux qui prêtent.

Mariam Coulibaly Par Mariam Coulibaly
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L’AfCRA, agence de notation africaine, doit convaincre
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L’Union africaine a lancé son agence de notation, l’AfCRA, mercredi à Maurice, « après près d’une décennie de pourparlers », rapporte RFI dans sa revue de presse. Sa valeur dépendra moins de sa naissance que de la confiance des investisseurs, qui n’ont aucune obligation d’utiliser ses notes.

En bref

  • Sa valeur dépendra moins de sa naissance que de la confiance des investisseurs, qui n’ont aucune obligation d’utiliser ses notes.
  • AllAfrica rappelle que cette difficulté ne concerne pas que l’Afrique : elle tient à la nature même du métier, puisque l’agence est payée par l’entité dont elle juge la solvabilité.
  • Ni l’identité des actionnaires ni le montant du capital initial ne sont précisés dans les éléments cités par AllAfrica, qui y voit l’un des premiers tests de cohérence du modèle.

Du feu vert de 2018 au lancement à Port-Louis

Selon AllAfrica, l’Union africaine avait endossé le projet dès 2018. Le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) a ensuite reçu le mandat de le rendre opérationnel, et les cadres institutionnels et méthodologiques ont été développés en 2024-2025. Le lancement officiel était annoncé pour le 7 octobre à Port-Louis.

Maurice a été retenue comme juridiction principale à l’issue d’un processus de sélection. Le MAEP présente ce cadre comme un gage de confiance, d’indépendance et de transparence. AllAfrica souligne toutefois qu’une bonne juridiction ne produit pas à elle seule une bonne agence : la réputation se bâtira sur les décisions de l’AfCRA.

Un modèle privé, éloigné du schéma d’origine

Les documents du MAEP décrivent une agence portée par le secteur privé, autofinancée et appelée à s’autofinancer durablement, avec un statut d’entité d’intérêt public. L’Union africaine indique que les gouvernements ne pourront pas détenir de parts. AllAfrica y voit une rupture : le modèle envisagé auparavant ouvrait le capital aux gouvernements africains, aux institutions publiques, aux agences panafricaines de notation et aux institutions financières. Le projet est passé d’une agence autonome dans l’architecture de l’Union africaine à une agence privée d’intérêt public.

Un point demeure : le financement. Le schéma initial reposait sur le principe « issuer-pay », c’est-à-dire que l’émetteur rémunère l’agence qui le note. AllAfrica rappelle que cette difficulté ne concerne pas que l’Afrique : elle tient à la nature même du métier, puisque l’agence est payée par l’entité dont elle juge la solvabilité. La crédibilité repose dès lors sur la capacité à tenir l’activité commerciale à l’écart de la décision d’analyse.

Le grief : des notes qui renchérissent l’emprunt

Selon le média sénégalais Seneweb, cité par RFI, l’agence vise à corriger des évaluations d’établissements européens ou américains jugées injustes, qui alourdissent le coût des emprunts du continent. Forbes Afrique rappelle que S&P, Moody’s et Fitch déterminent le prix auquel États et entreprises s’endettent sur les marchés obligataires.

African Business relève que l’Afrique emprunte aux taux les plus élevés du monde malgré un faible taux de défaut. Pour Seneweb, certains experts jugent aussi que les grandes agences négligent le secteur informel, invisible dans les données officielles.

Ce que promet l’agence

L’Union africaine affirme que l’AfCRA doit offrir aux marchés davantage de données, d’expertise et de contexte africains, en complément des agences internationales et non à leur place. D’après AllAfrica, la finalité annoncée n’est pas de décrocher de meilleures notes, mais d’obtenir des évaluations considérées comme plus équitables et plus proches des fondamentaux africains, une nuance qu’il faudra prouver dans les faits.

Le défi de la crédibilité

Une agence nouvelle ne dispose pas des séries historiques, des statistiques de défaut et des cycles que les trois grandes ont accumulés en des décennies. Son capital de départ est donc la réputation. Pour AllAfrica, la première décision sévère à l’égard d’un État dont les fondamentaux se dégradent sera bien plus révélatrice qu’une bonne note.

Les avis rapportés par RFI divergent. L’Union africaine promet que l’agence fonctionnera de manière indépendante, d’après le mensuel Afrimag, qui la qualifie pourtant de « fausse bonne idée » et estime qu’une ombre d’indépendance planera sur elle. Seneweb, de son côté, note qu’elle doit encore convaincre les investisseurs et les marchés que ses évaluations méritent la même confiance que celles des agences traditionnelles.

L’absence de gouvernements au capital protège potentiellement l’agence d’une influence étatique directe, mais, comme le souligne AllAfrica, une agence indépendante sur le plan institutionnel n’est pas forcément indépendante dans ses analyses. Ni l’identité des actionnaires ni le montant du capital initial ne sont précisés dans les éléments cités par AllAfrica, qui y voit l’un des premiers tests de cohérence du modèle.

Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Martin Falbisoner. Licence : CC BY-SA 4.0.

Mariam Coulibaly

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Mariam Coulibaly

Mariam Coulibaly a commencé dans la rubrique économie d'un hebdomadaire d'Abidjan, entre bilans d'entreprises et cours du cacao. Elle suit pour Afriquenligne les marchés, l'investissement, l'emploi et les entreprises africaines, avec un goût prononcé pour les exemples concrets plutôt que les grands chiffres. Elle collectionne les pagnes anciens, qu'elle ne porte jamais mais qu'elle montre volontiers.