Vingt-trois pays africains reculent en gouvernance alors que l’économie progresse
Publié le 31 octobre, l’indice Ibrahim relève que la participation démocratique accuse la plus forte baisse des seize domaines étudiés, alors que la sécurité se stabilise depuis 2022.
En bref
- Entre 2016 et 2025, 23 pays africains ont reculé en gouvernance, et ils représentent plus de la moitié de la population du continent.
- Infrastructures, Internet et téléphonie mobile portent les progrès économiques observés dans 25 pays.
- La participation démocratique perd cinq points en dix ans, la baisse la plus nette parmi les seize domaines de l’indice.
Le samedi 31 octobre, la fondation Mo Ibrahim a rendu public son indice 2026. Sa directrice exécutive, Nathalie Delapalme, en a détaillé les résultats auprès de RFI. Le document met en regard un développement économique qui avance et des libertés qui se resserrent.
Une économie qui progresse, un cadre politique qui se dégrade
Dans 25 pays, le développement économique et humain progresse de façon notable, tandis que la sécurité, l’État de droit et la participation continuent de se détériorer. Ces avancées s’appuient surtout sur les infrastructures, l’accès à Internet et les télécommunications mobiles.
Nathalie Delapalme juge ce schéma précaire : « Ce n’est pas soutenable à terme. » Selon elle, aucun compromis n’existe entre une amélioration purement économique et de réels progrès en matière de participation démocratique, de sécurité et d’État de droit. Les résultats semblent lui donner raison, rapporte AllAfrica : les pays qui avancent sur tous ces fronts gagnent du terrain plus vite. Vingt-deux États suivent cette trajectoire, dont la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Rwanda et le Sénégal.
La participation démocratique, domaine le plus touché
Sur l’ensemble du continent, la participation démocratique subit la dégradation la plus forte parmi les seize domaines étudiés : cinq points perdus en dix ans. Nathalie Delapalme la qualifie ainsi : « C’est vraiment la détérioration la plus forte parmi les seize sous-catégories de l’indice. »
Elle l’attribue à deux mouvements : la réduction de l’espace laissé à la société civile et le recul de la liberté d’expression et de réunion. Concrètement, les citoyens de nombreux pays ont moins de moyens de s’exprimer, de manifester ou de prendre part à la vie publique.
Sécurité et trajectoires : des nuances
Signes d’amélioration
La sécurité se stabilise depuis 2022, et 22 pays enregistrent un mieux sur ce terrain.
Reculs persistants
La situation sécuritaire reste globalement moins bonne qu’en 2016, et la participation démocratique continue de s’éroder.
Pour Nathalie Delapalme, le classement ne suffit pas : il faut considérer à la fois la performance finale, le rang et la trajectoire sur la décennie, qui seule donne une vision complète. Elle insiste : « Chaque trajectoire est différente. Il n’y a pas de solution miracle »
Gagnants, perdants et cas du Burkina Faso
| Pays | Situation dans l’indice 2026 |
|---|---|
| Seychelles | Conservent la première place |
| Maroc | Entre dans les dix premiers, à la place de la Tunisie |
| Afrique du Sud | Reste cinquième, mais la dégradation de sa gouvernance s’accélère |
| Angola et Congo-Brazzaville | Quittent les dix dernières places |
| Burkina Faso | 26e, la plus forte dégradation du continent, avec près de sept points perdus en dix ans |
Au Burkina Faso, la sécurité, l’État de droit, la participation démocratique et le développement humain se détériorent à un rythme accéléré. Les militaires y sont arrivés au pouvoir après deux coups d’État en 2022. En s’appuyant sur les données chiffrées comme sur la perception de la population, Nathalie Delapalme constate que « les résultats ne sont pas là ». Les conditions favorables au développement économique s’améliorent toutefois, à partir d’un niveau très bas.
Elle affirme par ailleurs : « On ne peut pas associer un coup d’État à la bonne gouvernance ». À ses yeux, la dégradation précède souvent les prises de pouvoir militaires.
Un outil pour les gouvernements
L’indice vise à aider les États à repérer les domaines où des progrès s’imposent. Nathalie Delapalme cite les difficultés persistantes d’enregistrement des naissances et des décès, qui compliquent l’élaboration de politiques adaptées, ainsi que la numérisation des services publics, qui améliore la transparence dans l’attribution des marchés publics. La fondation Mo Ibrahim ne donne pas d’avis sur les politiques publiques : elle fournit des outils, et les gouvernements restent seuls responsables des choix qu’ils font.
Photo : Keegan Checks / Pexels




