Un accord de 1,5 milliard de dollars pour la santé en Zambie
Signé le 8 octobre, le texte finance VIH, paludisme, tuberculose et vaccins, mais son contenu restera secret malgré les demandes de la société civile zambienne.
Un flacon et une seringue sur une table, entre les mains gantées d’un soignant : une image d’illustration pour un article sur un accord de santé, sans lien avec le lieu ni l’événement.
La Zambie et les États-Unis ont signé le jeudi 8 octobre un accord sanitaire qui engage Washington à verser 1,5 milliard de dollars sur cinq ans pour les soins zambiens.
En bref
L’accord a été signé le jeudi 8 octobre entre Lusaka et Washington, pour une durée de cinq ans.
Il doit financer les traitements contre le VIH, la lutte contre le paludisme et la tuberculose et la vaccination.
Lusaka affirme avoir réglé les différends sur les données médicales et le lien avec un accord minier.
Le texte ne sera pas publié, ce que conteste l’ONG Chapter One Foundation.
Selon RFI, ces fonds doivent servir en priorité à garantir la continuité des traitements contre le VIH, à combattre le paludisme et la tuberculose, et à donner un coup d’accélérateur aux campagnes de vaccination. Le gouvernement zambien assure aussi que les deux sujets qui paralysaient la négociation, la circulation des données de santé et l’ombre d’un accord minier, sont désormais réglés.
Un financement partagé entre Washington et Lusaka
L’effort ne repose pas sur la seule partie américaine. Lusaka annonce une hausse de sa propre contribution, qui doit approcher les deux milliards de dollars. Sur le papier, la Zambie apporte donc davantage que son partenaire.
1,5 milliard $apport américain prévu sur cinq ans
près de 2 milliards $contribution annoncée côté zambien
1 milliard $dépenses américaines de la version antérieure du texte
La signature avait été annoncée deux jours plus tôt. Lors d’une conférence de presse le mardi 6 octobre, le ministre zambien de la Santé, Roma Chilengi, avait indiqué que la cérémonie se tiendrait au ministère des Finances, au terme de plusieurs mois de discussions, comme l’a rapporté Africa Radio.
Données médicales et minerais, deux verrous levés selon Lusaka
Le premier différend portait sur ce que les Zambiens accepteraient de transmettre : informations médicales et échantillons biologiques. Le ministre a présenté le dossier comme clos.
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« Des divergences sont apparues concernant des questions de protection des données, de propriété intellectuelle, de partage des bénéfices et des échantillons prélevés. Je suis heureux d’annoncer qu’elles ont toutes été prises en compte et réglées »
Image en lien avec l’article Un accord de 1,5 milliard de dollars pour la santé en Zambie . Source : Pexels. Photographe : Pavel Danilyuk. Licence Pexels.
Roma Chilengi, ministre zambien de la Santé
L’ambassadeur de Zambie aux États-Unis, Chibamba Kanyama, a précisé la portée du compromis : les données partagées ne serviront qu’au suivi et à l’évaluation des programmes.
Le second verrou était politique. En décembre, l’ambassade américaine avait présenté l’accord, dans un communiqué, comme assorti d’une « contrepartie en matière de collaboration dans le secteur minier ». En mai, Lusaka avait rejeté ce principe, le chef de la diplomatie zambienne, Mulambo Haimbe, dénonçant un montage conçu « de telle sorte que la conclusion de l’accord sur les matières premières stratégiques soit liée à celle du protocole d’accord sur la santé ».
Roma Chilengi tient désormais une ligne ferme : « En ce qui concerne les minerais stratégiques, je tiens à être catégorique : le ministère de la Santé n’a jamais vu aucun protocole d’accord faisant référence aux minerais stratégiques ». Le gouvernement zambien reconnaît toutefois que les échanges avec Washington sur le dossier minier se poursuivent. L’enjeu est de taille pour un pays classé deuxième producteur africain de cuivre, derrière la République démocratique du Congo, et huitième au rang mondial selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis. Ce poids minier n’est pas nouveau, comme le rappelait notre article sur la ruée sur le cuivre zambien.
Une négociation ralentie par la présidentielle
Le texte signé n’est pas le premier. En mars, l’ONG Health Gap avait rendu publique une version antérieure du protocole. Elle prévoyait une rupture immédiate et le gel des fonds faute d’accord bilatéral conclu avant le 1er avril 2026. Les pourparlers se sont ensuite enlisés pendant la campagne de réélection du président Hakainde Hichilema.
L’ambassade américaine associe l’accord à une coopération minière.
Health Gap révèle une version du protocole assortie d’une clause de résiliation.
Date butoir fixée par cette version pour un accord bilatéral.
Lusaka dénonce le couplage entre santé et minerais.
Hakainde Hichilema est investi pour un second mandat.
Roma Chilengi annonce la signature.
Les deux gouvernements signent l’accord.
La Zambie rejoint ainsi un mouvement plus large. Depuis le retour de l’administration Trump, plus d’une douzaine de pays, parmi lesquels le Rwanda, l’Ouganda, le Lesotho et l’Eswatini, ont conclu avec Washington des contrats d’aide sanitaire. Le sujet de la dépendance au soutien américain avait déjà été abordé dans notre classement des pays aidés contre le VIH.
Un texte qui restera confidentiel
Le contenu de l’accord ne sera pas publié, une décision qui, d’après AllAfrica, intervient alors que la société civile zambienne réclame davantage de transparence. Josiah Kalala, directeur de l’ONG Chapter One Foundation, résume cette réserve : « Certes, le gouvernement a donné des assurances, mais tant que le public et le Parlement ne pourront pas examiner l’accord final, nous ne pourrons que spéculer ».
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