Un plaidoyer pour la réforme du multilatéralisme
La course pour la succession d’António Guterres au secrétariat général des Nations unies, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026, est officiellement ouverte. Parmi les candidatures transmises à l’Assemblée générale figure celle de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Auditionné le 22 avril dernier à New York lors d’un « grand oral », l’ex-chef d’État a détaillé sa vision pour l’organisation, articulée autour d’une refonte du multilatéralisme et d’une meilleure représentativité du continent africain.
Si son plaidoyer pour une refonte du multilatéralisme met en avant son expérience continentale, son initiative se heurte à l’absence de soutien officiel de Dakar et aux divisions au sein de l’Union africaine.
Face aux crises systémiques mondiales et aux défis climatiques, sécuritaires et humanitaires qui frappent particulièrement l’Afrique (Sahel, Soudan, est de la RDC), Macky Sall défend une doctrine liant étroitement la sécurité, la paix et le développement. Il se positionne comme le porteur d’une « candidature d’équilibre et de réforme ».
Son programme repose sur plusieurs piliers concrets : la prévention des conflits ciblant les États en proie aux instabilités, la modernisation de la gouvernance onusienne, et surtout, la réforme du Conseil de sécurité. Macky Sall plaide notamment pour l’octroi de deux sièges permanents à l’Afrique, qui ne dispose à ce jour que de trois sièges tournants, afin de transformer le continent de simple sujet de l’ordre international en véritable architecte de la gouvernance mondiale.
Pour ses partisans, son bilan diplomatique plaide en sa faveur : président de l’Union africaine en 2022, négociateur clé pour l’intégration de l’UA au sein du G20, et envoyé spécial du président français Emmanuel Macron pour le Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P).
L’écueil de la « candidature orpheline »
Toutefois, les tractations diplomatiques révèlent d’importantes fragilités. Les usages diplomatiques veulent qu’une candidature de cette envergure soit portée par le pays d’origine du candidat, puis endossée par son organisation régionale. Or, la candidature de Macky Sall a été introduite par le Burundi le 2 mars 2026.
Surtout, elle fait face à l’opposition de son propre pays. Le 27 mars 2026, le nouveau gouvernement sénégalais dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement désavoué cette démarche, affirmant n’avoir pas soutenu cette initiative. Au niveau continental, les réserves sont également palpables : une vingtaine d’États de l’Union africaine ont pris leurs distances.
Dr Botiagne Marc Essis, directeur de l’Institut des relations internationales et de la gouvernance, qualifie la démarche d’« aventure solitaire » et de « candidature orpheline ». Selon le chercheur, « quelles que soient les initiatives que nous prenons, la base minimale c’est l’onction de notre patrie et de la famille [africaine] », soulignant qu’un tel déficit de cohésion régionale handicape lourdement les chances de succès.
Le veto du Conseil de sécurité, juge de paix
Au-delà des soutiens africains, le processus de nomination du secrétaire général obéit à une mécanique stricte régie par la Charte des Nations unies. La décision finale repose sur une recommandation du Conseil de sécurité à l’Assemblée générale. Pour être retenu, un candidat doit obtenir neuf voix favorables sur quinze, sans faire l’objet d’un veto de l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).
Dans ce jeu d’alliances à huis clos, Macky Sall devra affronter d’autres profils expérimentés déjà évoqués dans les couloirs de l’ONU, à l’instar de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, également ex-Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (2018-2022), de la diplomate argentine Virginia Gamba, ou encore de Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la CNUCED.
Michel Beta, fondateur du quotidien ivoirien Le Bélier, résume avec lucidité les règles du jeu : dans ce scrutin hautement stratégique attendu pour l’automne 2026, « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». La capacité de Macky Sall à s’imposer dépendra moins de la symbolique de sa candidature que des compromis géopolitiques que les cinq membres permanents seront prêts à sceller.






