Économie

« C’est un sabotage économique » : ce trafic massif de monnaie qui menace directement la stabilité financière de plusieurs pays d’Afrique centrale inquiète

Fanja Rakotonirina Par Fanja Rakotonirina
3 min de lecture
« C’est un sabotage économique » : ce trafic massif de monnaie qui menace directement la stabilité financière de plusieurs pays d’Afrique centrale inquiète
Illustration de la pénurie de pièces de monnaie dans les pays de la Cemac, générée par intelligence artificielle.
EN BREF
  • La pénurie de pièces de monnaie affecte lourdement les transactions économiques dans les pays de la Cemac.
  • Un réseau de trafic de pièces impliquant des opérateurs chinois a été découvert, aggravant la crise monétaire.
  • La valeur du métal des pièces dépasse leur valeur faciale, rendant leur détournement particulièrement lucratif.
  • Les solutions temporaires mises en place par la Beac n’ont pas réussi à enrayer le phénomène de manière durable.

La communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) fait face à une crise monétaire sans précédent, perturbant la vie économique quotidienne. La pénurie de pièces de monnaie, un problème persistant depuis une décennie, a atteint un point critique, impactant durement les transactions de base dans des pays comme le Cameroun. Ce manque de liquidités affecte aussi bien les commerçants que les consommateurs, exacerbant l’inflation et compliquant les échanges commerciaux. À travers cette analyse, nous explorerons les racines profondes de cette crise, ses acteurs principaux et les solutions envisagées pour y remédier.

Les origines du mal

En 2019, la Cemac a officiellement reconnu l’ampleur du problème, initiant des enquêtes qui ont révélé un réseau complexe de trafic de pièces. L’économie de la région, déjà fragilisée, a vu ses réserves de devises en pièces s’évaporer progressivement. L’arrivée massive d’investisseurs étrangers, notamment chinois, a contribué à cette situation, établissant des réseaux d’influence solides au sein des économies locales. Ces réseaux exploitent les relations avec les autorités locales pour faciliter le trafic de pièces. Le port de Douala, un des plus actifs d’Afrique de l’Ouest, joue un rôle clé dans l’exportation des pièces, souvent dissimulées dans des conteneurs maritimes à destination de la Chine.

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Les Chinois au centre du trafic

Les accusations à l’encontre des opérateurs chinois sont multiples. En 2020, Louis-Paul Motaze, ministre des Finances camerounais, a publiquement dénoncé leur implication dans ce trafic. Des machines à sous, omniprésentes dans le pays, seraient utilisées pour accumuler les pièces de monnaie, facilitant ainsi le détournement massif. Le ministre a souligné l’existence d’un réseau de corruption impliquant à la fois des ressortissants chinois et des locaux. Cette collusion complexifie la tâche des autorités pour démanteler le réseau, malgré les efforts affichés par le gouvernement pour contrer ce fléau économique.

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Un trafic aux multiples raisons

La valeur intrinsèque des pièces de franc CFA dépasse leur valeur faciale, rendant leur trafic particulièrement lucratif. Un billet de 10 000 francs CFA, échangé en pièces, représente un potentiel de gain de 15 à 20 % en métal. Ce métal, notamment le cuivre, est prisé pour sa valeur marchande élevée, atteignant plus de 6 000 euros la tonne. Les pièces détournées sont utilisées en Chine pour produire divers objets, allant des bijoux aux composants électroniques, alimentant ainsi l’économie chinoise. Ces pratiques accentuent la déstabilisation économique dans les pays de la Cemac, accentuant la nécessité de solutions durables.

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Les solutions jusque-là apportées sont peu concluantes

La Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) a tenté de pallier la pénurie en injectant des milliards de francs CFA en pièces dans l’économie régionale. En 2023, un effort significatif a été réalisé avec l’injection de 150 millions de francs CFA en pièces, mais ces initiatives se révèlent souvent insuffisantes face à l’ampleur du trafic. Malgré ces efforts, le problème persiste, et dans certains pays, la situation continue de se détériorer. Les discussions entre la Beac, l’Uemoa et la Cemac se poursuivent pour élaborer des stratégies plus efficaces. La question reste ouverte sur l’efficacité de ces mesures dans le temps.

Alors que la Cemac lutte pour surmonter cette crise monétaire, la question demeure : quelles stratégies innovantes pourraient être mises en œuvre pour éradiquer ce trafic et stabiliser durablement l’économie de la région ?

Cet article s’appuie sur des sources vérifiées et l’assistance de technologies éditoriales.
Fanja Rakotonirina

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Fanja Rakotonirina

Fanja Rakotonirina a travaillé dans la microfinance avant de se tourner vers le journalisme économique. Elle couvre pour Afriquenligne l'économie, la santé publique et la culture, avec un intérêt marqué pour l'entrepreneuriat féminin et les chiffres qui éclairent la vie quotidienne. Le week-end, elle chante dans une chorale.