Environnement

« Ce barrage va dominer l’Afrique » : un ingénieur éthiopien dévoile le futur plus grand complexe hydroélectrique du continent africain

Fanja Rakotonirina Par Fanja Rakotonirina
4 min de lecture
« Ce barrage va dominer l’Afrique » : un ingénieur éthiopien dévoile le futur plus grand complexe hydroélectrique du continent africain
Illustration du Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne sur le Nil Bleu. Image réalisée par IA.
EN BREF
  • Le GERD, plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique, promet de transformer le paysage énergétique avec une capacité de 6 450 mégawatts.
  • L’Éthiopie prévoit de générer environ 2 milliards d’euros par an grâce aux exportations d’électricité vers les pays voisins.
  • Le projet suscite des tensions géopolitiques, notamment avec l’Égypte, en raison des préoccupations liées à la sécurité de l’eau.
  • Bien que bénéfique pour l’économie éthiopienne, le GERD pose des défis environnementaux, affectant le dépôt de limon et l’irrigation en aval.

Le Grand Barrage de la Renaissance Éthiopienne (GERD) est en passe de transformer le paysage énergétique du continent africain. Situé sur le Nil Bleu, ce projet ambitieux est destiné à devenir la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique, et l’une des dix plus importantes au monde. Avec une capacité prévue de 6 450 mégawatts, il pourrait tripler celle du célèbre barrage Hoover aux États-Unis. Cependant, cette prouesse technique suscite également des tensions géopolitiques importantes, notamment en raison des préoccupations en matière de sécurité de l’eau et des impacts économiques potentiels pour l’Égypte et le Soudan. Le GERD symbolise donc à la fois un espoir de croissance économique régionale et une source de conflits potentiels.

Les étapes marquantes de la construction du GERD

Le chemin vers la réalisation du GERD a été long et complexe, jalonné de défis techniques et diplomatiques. En 2008, l’Éthiopie a annoncé son intention de construire un barrage majeur sur le Nil Bleu, marquant le début d’une série d’études de faisabilité et d’évaluations d’impact environnemental en 2009. L’année suivante, le projet a trouvé son financement, principalement grâce à des sources nationales, permettant le début de la construction des fondations en 2011. En 2013, le barrage atteint sa hauteur maximale, et en 2015, la première turbine est installée, générant les premiers mégawatts d’électricité. Avec l’achèvement de la deuxième phase de construction en 2018, la capacité de production augmente encore. Finalement, en 2020, le barrage atteint sa pleine capacité de 6 450 mégawatts, et en 2022, le GERD est officiellement achevé. Cette chronologie démontre la détermination de l’Éthiopie à mener ce projet à bien malgré les défis internationaux et internes.

Une catastrophe écologique imminente : le pipeline de Total met en péril le plus grand réservoir d’eau douce d’Afrique et menace l’équilibre vital du continent

Exploits architecturaux et défis techniques

Le GERD est un chef-d’œuvre d’ingénierie moderne, avec sa structure principale en béton compacté au rouleau s’élevant à environ 155 mètres de hauteur et s’étendant sur 1 780 mètres de long. La conception a intégré des techniques avancées pour surmonter les défis géologiques complexes de la région du Rift est-africain. L’ingénierie sismique sophistiquée du barrage inclut des dispositifs d’isolation de base pour le protéger des mouvements sismiques. Avec une capacité de retenue de 74 milliards de mètres cubes d’eau, le réservoir couvre une superficie de 1 874 kilomètres carrés à son niveau de pleine capacité. Ce volume d’eau considérable permet au GERD de produire plus de 16 153 GWh d’électricité par an, redéfinissant le paysage énergétique de l’Afrique du Nord-Est.

Une muraille d’eau défiant le Nil : ce barrage éthiopien géant devient la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique et bouleverse tout un continent

Implications régionales et sociopolitiques

Le GERD a des implications géopolitiques significatives dans la région. En 2010, un accord-cadre a été signé par l’Éthiopie, le Rwanda, l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya pour redistribuer les droits sur l’eau du Nil de manière plus équitable, sans l’approbation de l’Égypte. Cela a exacerbé les tensions, l’Égypte dépendant fortement du Nil pour son approvisionnement en eau. Avec 90 % de son eau provenant du Nil, toute réduction du débit pourrait aggraver sa crise de l’eau. Le Soudan, quant à lui, pourrait tirer parti de l’augmentation de l’énergie hydroélectrique et de l’irrigation, bien que des inquiétudes subsistent quant à la gestion non réglementée du barrage. L’Éthiopie soutient que le barrage est essentiel pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie, insistant sur le fait qu’il n’affectera pas de manière significative le débit d’eau en aval.

Business, politique, célébrités… Acheter-des-Fans.com, leur solution n°1 pour faire décoller leur influence sur les réseaux sociaux en Afrique

Préoccupations économiques et environnementales

La mise en service du GERD devrait placer l’Éthiopie en tête des producteurs d’énergie hydroélectrique en Afrique. Le barrage pourrait générer environ 2 milliards d’euros par an grâce aux exportations d’électricité vers des pays voisins comme le Soudan et Djibouti. Cependant, des préoccupations écologiques subsistent, notamment la perte annuelle estimée à 3 milliards de mètres cubes d’eau par évaporation, exacerbant potentiellement la pénurie d’eau en Égypte. De plus, la régulation du débit du Nil Bleu par le barrage pourrait perturber le dépôt naturel de limon riche en nutriments, impactant la productivité agricole en Égypte et au Soudan. Malgré les avantages économiques pour l’Éthiopie, le GERD pourrait poser des défis environnementaux pour la région.

Alors que le GERD se dresse comme un symbole de la capacité de l’Éthiopie à mener à bien des projets d’envergure, il soulève des questions cruciales sur l’avenir de la coopération régionale en Afrique. Le barrage peut-il devenir un catalyseur pour la stabilité politique et économique, ou accentuera-t-il les tensions existantes entre les pays riverains du Nil ?

L’auteur s’est appuyé sur l’intelligence artificielle pour enrichir cet article.
Fanja Rakotonirina

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Fanja Rakotonirina

Fanja Rakotonirina a travaillé dans la microfinance avant de se tourner vers le journalisme économique. Elle couvre pour Afriquenligne l'économie, la santé publique et la culture, avec un intérêt marqué pour l'entrepreneuriat féminin et les chiffres qui éclairent la vie quotidienne. Le week-end, elle chante dans une chorale.