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Des pièces en bronze du XIIᵉ siècle révèlent le rôle clé du nord du Mozambique : un maillon oublié du commerce swahili refait surface et réécrit l’histoire africaine

Volana Rasoamanarivo Par Volana Rasoamanarivo
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Des pièces en bronze du XIIᵉ siècle révèlent le rôle clé du nord du Mozambique : un maillon oublié du commerce swahili refait surface et réécrit l’histoire africaine
Des pièces de bronze du XIIᵉ siècle découvertes sur l'île d'Ibo, révélant l'importance cruciale de cette région dans le commerce swahili.
EN BREF
  • Les fouilles à Ibo ont révélé des artefacts persans, iraniens et indiens, soulignant un réseau commercial étendu.
  • Les pièces de bronze trouvées présentent une composition unique avec un ratio étain-plomb élevé et sans arsenic.
  • Le cuivre utilisé pour les artefacts pourrait provenir du Copperbelt en République démocratique du Congo.
  • Ibo faisait partie intégrante du commerce de l’or et des métaux précieux, reliant le Moyen Limpopo et la côte swahili.

Les récentes découvertes archéologiques sur l’île d’Ibo, au large des côtes du Mozambique, ont révélé des éléments intrigants sur le rôle crucial que cette région a joué dans le commerce swahili du XIIᵉ siècle. Les recherches menées par le Dr. Ignacio Montero-Ruiz et son équipe ont permis de mettre en lumière des artefacts en cuivre anciens, bouleversant ainsi les perceptions traditionnelles du commerce de l’océan Indien. Au cœur de ces trouvailles se trouvent des pièces de bronze dont la composition élémentaire unique pourrait réécrire une partie de l’histoire de cette région pourtant considérée comme marginale.

Les artefacts d’Ibo : une richesse inattendue

L’île d’Ibo a longtemps été perçue comme une région périphérique dans les échanges commerciaux de l’océan Indien. Cependant, les fouilles réalisées en 2016 ont révélé une collection d’artefacts fascinants qui ont lié cette zone à un réseau commercial plus vaste. Parmi ces objets se trouvent des céramiques émaillées du golfe Persique ou d’Iran, des fragments de vaisselle en pierre tendre, et des perles de verre provenant d’Inde et d’Asie centrale. Ces découvertes témoignent de l’intégration de l’île dans les échanges commerciaux mondiaux, une connexion qui s’étend bien au-delà des côtes africaines. La présence de ces objets suggère une dynamique commerciale active et complexe, où même les plus petits villages côtiers avaient un rôle significatif à jouer.

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Analyse des pièces de bronze : une composition unique

Les pièces de bronze retrouvées à Ibo ont fait l’objet d’analyses élémentaires approfondies, révélant une composition unique en son genre. Contrairement aux autres pièces swahili connues, ces pièces présentent un ratio étain-plomb élevé et ne contiennent pas d’arsenic. Cette particularité pourrait indiquer un changement dans les sources d’approvisionnement en cuivre pour la fabrication du bronze durant les XIᵉ et XIIᵉ siècles. Les analyses isotopiques du plomb des pièces ont révélé que le cuivre utilisé ne provenait pas du monde islamique, ni de métaux recyclés. Cette découverte soulève des questions fascinantes sur les routes commerciales et les sources de matériaux à cette époque.

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La source lointaine du cuivre : le Copperbelt

Les analyses isotopiques ont dirigé les chercheurs vers la région du Copperbelt en République démocratique du Congo comme source probable du cuivre utilisé dans les artefacts d’Ibo. Cette hypothèse est renforcée par la similitude avec les signatures isotopiques de cette région minière. Le Copperbelt, et plus précisément la mine de Shinkolobwe, pourrait être le point d’origine le plus éloigné jamais identifié pour le cuivre utilisé dans les échanges swahili. Cette découverte implique une route commerciale complexe reliant le Congo à la côte swahili via la vallée du Moyen Limpopo. Cette voie aurait permis le transport du cuivre, suivant une route similaire à celle du commerce de l’or, soulignant l’importance stratégique de ces chemins commerciaux anciens.

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L’intégration dans le commerce de l’or et des métaux précieux

Le commerce de l’or a toujours joué un rôle central dans les échanges entre les côtes swahili et les régions du sud de l’Afrique. L’archipel des Quirimbas, dont fait partie Ibo, était un carrefour crucial reliant Kilwa aux zones aurifères du Limpopo et au-delà. Des analyses supplémentaires sur une perle d’or trouvée à Ibo ont révélé qu’elle provenait probablement de la région du Grand Zimbabwe ou d’Afrique du Sud. Ce réseau commercial a non seulement introduit l’or, mais également d’autres métaux précieux comme l’étain, le bronze et le laiton dans le sud de l’Afrique. Cette interconnexion a permis aux petites communautés côtières de s’intégrer dans un vaste réseau commercial global, enrichissant et transformant les sociétés locales.

Les découvertes sur l’île d’Ibo ouvrent de nouvelles perspectives sur la complexité des échanges commerciaux médiévaux en Afrique de l’Est. Ces pièces de bronze, avec leur composition unique et leur origine lointaine, témoignent de l’ingéniosité et de l’interconnectivité des sociétés anciennes. Comment ces nouvelles découvertes vont-elles influencer notre compréhension des routes commerciales de l’époque et des relations entre les différentes cultures de l’océan Indien ?

Volana Rasoamanarivo

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Volana Rasoamanarivo

Volana Rasoamanarivo a étudié la biologie à Antananarivo et travaillé comme assistante de recherche sur les forêts humides de l'est de Madagascar. Pour Afriquenligne, elle écrit sur les sciences, l'environnement, le climat et la biodiversité africaine, en s'appuyant sur les publications scientifiques et les données de terrain. Elle garde toujours un carnet de relevés botaniques dans son sac.