Économie

« Dette climatique historique » : ces milliards dus par les pays riches pourraient métamorphoser les villes africaines

Fanja Rakotonirina Par Fanja Rakotonirina
4 min de lecture
« Dette climatique historique » : ces milliards dus par les pays riches pourraient métamorphoser les villes africaines
Vue satellite de l'Afrique illustrant les défis climatiques et urbains auxquels le continent est confronté, soulignant l'urgence des investissements durables.
EN BREF
  • Les nations riches ont une responsabilité envers les pays en développement, car elles ont largement contribué au changement climatique en brûlant des combustibles fossiles.
  • L’Afrique, avec son urbanisation rapide, nécessite des investissements massifs pour s’adapter aux défis climatiques et accueillir près d’un milliard de personnes supplémentaires d’ici 2050.
  • Le rapport de l’Action Aid estime que les pays riches doivent rembourser une somme colossale de 36 000 milliards de dollars américains en dette climatique à l’Afrique.
  • Les villes africaines, essentielles à la transformation économique, souffrent d’un manque de financement direct, aggravant leur vulnérabilité face aux risques climatiques.

Les nations riches, en exploitant les combustibles fossiles pour alimenter leur croissance industrielle, ont contribué de manière significative au changement climatique. Paradoxalement, ce sont les pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, qui en souffrent le plus, malgré leur faible contribution aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Alors que l’urbanisation croissante en Afrique nécessite des investissements massifs pour accueillir près d’un milliard de personnes supplémentaires d’ici 2050, la question du remboursement de la « dette climatique » par les pays riches se pose avec une acuité jamais vue. Cette dette pourrait être une opportunité pour transformer les villes africaines et les adapter aux défis climatiques.

Comprendre la notion de dette climatique

La notion de dette climatique repose sur le principe que les pays industrialisés ont largement dépassé leur part équitable d’émission de gaz à effet de serre, phénomène connu sous le nom d’appropriation atmosphérique. En conséquence, ces pays ont une responsabilité envers ceux qui ont le moins contribué au changement climatique mais en subissent les effets les plus dévastateurs. Cette « dette » implique une compensation financière pour soutenir une transition équitable vers les énergies renouvelables et adapter les infrastructures aux catastrophes climatiques.

Malheureusement, l’Afrique subsaharienne ne reçoit actuellement que 5 % des financements climatiques mondiaux, ce qui est insuffisant pour les projets d’adaptation et de mitigation. Cette situation souligne le besoin urgent de régler cette dette afin de permettre un développement urbain durable en Afrique.

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Lien entre urbanisation mondiale et dette climatique

L’urbanisation est un moteur historique de la croissance économique, mais elle est aussi une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre. Les pays riches ont profité de cette urbanisation pour atteindre leur niveau actuel de développement économique, souvent en utilisant des modèles industriels à forte intensité de carbone. L’Afrique, qui amorce sa propre trajectoire d’urbanisation, doit impérativement opter pour une voie de développement à faibles émissions de carbone.

Afrique

Selon un rapport de l’Action Aid, les pays riches auraient utilisé jusqu’à 70 % de leur croissance économique en dépassant leur budget climatique. En conséquence, l’Afrique se voit légitimement réclamer une compensation substantielle, estimée à 36 000 milliards de dollars américains. Une telle compensation pourrait transformer l’Afrique en un modèle de développement durable, à condition de recevoir un soutien financier adéquat.

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Calcul de la dette climatique envers l’Afrique

En 2015, l’Accord de Paris engageait les pays développés à fournir 100 milliards de dollars par an pour aider les nations en développement à faire face au changement climatique. Cette somme a été revue à la hausse lors des négociations de la COP29 en 2024, atteignant 300 milliards de dollars par an. Cependant, les engagements initiaux n’ont pas encore été pleinement respectés.

Certains chercheurs estiment que la véritable dette climatique s’élève à 192 000 milliards de dollars au total, soit environ 4 000 milliards de dollars par an jusqu’en 2050. Le rapport d’Action Aid souligne également que ces calculs n’incluent pas les réparations pour les injustices historiques telles que la traite transatlantique des esclaves. Une considération plus large de ces dettes pourrait radicalement transformer les relations économiques mondiales.

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Impact de la dette climatique sur les villes africaines

Les villes africaines sont au cœur de la transformation économique et de l’adaptation climatique. Elles nécessitent des investissements considérables en infrastructures telles que le logement, le transport, l’énergie, l’éducation et la santé. Le financement adéquat aujourd’hui déterminera leur capacité à faire face aux défis climatiques de demain.

Malheureusement, le système de financement climatique mondial privilégie les institutions nationales et régionales, limitant ainsi l’accès direct des villes aux fonds. De plus, une grande partie de ce financement prend la forme de prêts, ce qui aggrave la crise de la dette en Afrique. En 2024, 34 pays africains consacraient plus au remboursement de la dette qu’à la santé ou à l’éducation. Cette situation souligne l’urgence d’une restructuration de la dette pour permettre une croissance urbaine résiliente.

Face à ces défis, le continent africain doit-il se contenter d’attendre des actions de la communauté internationale, ou est-il temps pour les nations africaines de prendre en main leur destin climatique? Le leadership de l’Afrique du Sud au sein du G20 est une occasion unique de mettre en lumière cette dette climatique et de plaider pour un accès équitable aux financements nécessaires. Comment les leaders africains peuvent-ils transformer cette crise en une opportunité de développement durable?

Fanja Rakotonirina

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Fanja Rakotonirina

Fanja Rakotonirina a travaillé dans la microfinance avant de se tourner vers le journalisme économique. Elle couvre pour Afriquenligne l'économie, la santé publique et la culture, avec un intérêt marqué pour l'entrepreneuriat féminin et les chiffres qui éclairent la vie quotidienne. Le week-end, elle chante dans une chorale.