Environnement

129 millions d’hectares, soit 2,5 fois la France : cet immense projet de reforestation en Afrique cache une désillusion

Volana Rasoamanarivo Par Volana Rasoamanarivo
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129 millions d’hectares, soit 2,5 fois la France : cet immense projet de reforestation en Afrique cache une désillusion
Des bénévoles plantent des arbres dans le cadre de l'initiative AFR100, visant à restaurer les paysages forestiers africains et à lutter contre le changement climatique.
EN BREF
  • L’initiative AFR100 vise à restaurer 129 millions d’hectares en Afrique d’ici 2030, soit deux fois et demie la taille de la France.
  • Une étude critique met en avant des restaurations inappropriées, menaçant la biodiversité en utilisant des espèces d’arbres non indigènes.
  • Le manque de suivi et de contrôle rigoureux remet en question l’efficacité des projets, avec des objectifs de restauration loin d’être atteints.
  • Malgré les défis, certaines communautés locales bénéficient de l’initiative en développant des activités économiques durables.

L’initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100) est un projet ambitieux visant à restaurer 129 millions d’hectares de terres en Afrique d’ici 2030. Financé à hauteur de plus d’un milliard de dollars, ce projet a attiré des financements de grandes organisations, dont 50 millions de la fondation Bezos Earth Fund. Cependant, des critiques émergent quant à son efficacité et sa mise en œuvre. Les défis de plantation appropriée, les risques pour la biodiversité et un système de suivi balbutiant sont autant de questions soulevées par les experts. Mais comment ces ambitions se traduisent-elles sur le terrain, et quelles en sont les implications pour les communautés locales et l’environnement ?

Les ambitions titanesques de l’AFR100

Le projet AFR100, lancé en 2015 par l’Union africaine, se veut être un levier puissant pour la reforestation en Afrique, avec l’objectif de restaurer une superficie équivalente à deux fois et demie la taille de la France. Cette initiative s’inscrit dans un contexte mondial où la reforestation est de plus en plus perçue comme une solution clé pour lutter contre le changement climatique. Avec le soutien de nombreuses organisations internationales et de philanthropes tels que Jeff Bezos, le projet ambitionne de transformer le paysage écologique africain d’ici 2030.

L’AFR100 s’intègre dans un mouvement global où la reforestation est devenue un enjeu majeur. Des initiatives similaires se multiplient dans le monde entier, comme la Grande Muraille verte au Sahel, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares pour lutter contre la désertification. Cependant, malgré ces ambitions, la mise en œuvre de l’AFR100 semble rencontrer des obstacles significatifs. Les critiques portent sur la sélection des espèces plantées, la gestion des surfaces restaurées et l’impact réel sur les communautés locales.

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Restauration inappropriée : un défi majeur

Une étude parue dans la revue Science met en lumière des lacunes dans la mise en œuvre de l’AFR100. Les chercheurs, dont Kate Parr, ont révélé que de vastes étendues de savanes et de prairies font l’objet d’une restauration inappropriée. En effet, près de 26 millions d’hectares, soit l’équivalent de la superficie de la France, seraient restaurés avec des espèces non adaptées. Cette inadaptation pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’écosystème local, perturbant les habitats naturels existants.

Les chercheurs soulignent l’importance de planter les bonnes espèces au bon endroit pour garantir le succès d’un projet de reforestation. Cependant, dans 18 des 34 pays étudiés, il existe un décalage entre la surface forestière prévue et la réalité sur le terrain. Ce manque de planification adéquate pose la question de l’efficacité des projets de reforestation à grande échelle. Les solutions proposées incluent une meilleure analyse des écosystèmes locaux et une sélection rigoureuse des espèces à planter.

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Les risques pour la biodiversité

Un autre problème soulevé par les experts est l’impact potentiel sur la biodiversité. La majorité des projets AFR100 se concentrent sur l’agroforesterie, c’est-à-dire l’ajout d’arbres à des terres agricoles existantes. Bien que cette pratique puisse être bénéfique en théorie, elle est souvent mise en œuvre avec des espèces d’arbres non indigènes. Selon des études, 60 % des projets utilisent des espèces étrangères, ce qui pourrait menacer la biodiversité locale.

La plantation d’espèces non indigènes peut avoir des effets néfastes, comme la disparition de certaines espèces locales et une perturbation de l’équilibre écologique. De plus, ces plantations risquent de réduire l’effet d’albédo, où la couleur foncée des arbres absorbe la lumière au lieu de la réfléchir, exacerbant ainsi le réchauffement climatique. Face à ces défis, il est crucial de réévaluer l’approche de l’AFR100 pour garantir que les projets de reforestation contribuent réellement à la préservation de la biodiversité.

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Un système de suivi et de contrôle défaillant

Un autre aspect problématique de l’AFR100 est le manque de suivi et de contrôle rigoureux. Selon des rapports, certains projets référencés n’ont jamais été lancés ou ont été interrompus prématurément. Cette absence de suivi efficace rend difficile l’évaluation de l’impact réel des projets sur le terrain. Malgré les investissements conséquents, seulement 917 014 hectares ont été restaurés entre 2016 et 2021, bien en deçà des objectifs initiaux.

Le Bezos Earth Fund, bien qu’il ait investi 50 millions de dollars, ne semble pas avoir de protocole de contrôle strict pour s’assurer de l’utilisation correcte des fonds. Cette situation soulève des questions sur la transparence et la responsabilité des organisations impliquées. Pour améliorer l’efficacité de l’AFR100, il est essentiel de mettre en place un système de suivi robuste et transparent, garantissant que chaque projet progresse conformément aux objectifs fixés.

Impact sur les communautés locales

Malgré les critiques, certaines communautés locales bénéficient directement de l’AFR100. Pour de nombreux agriculteurs, l’initiative représente une opportunité de développer des activités économiques durables, en cultivant des arbres fruitiers ou d’autres cultures commercialisables. Ces projets peuvent offrir des revenus supplémentaires aux populations locales et améliorer leur qualité de vie.

Cependant, l’intégration des besoins des communautés locales dans la planification et la mise en œuvre des projets reste un défi. Les agriculteurs doivent être impliqués dans le processus décisionnel pour garantir que les initiatives répondent à leurs besoins et aspirations. En fin de compte, le succès de l’AFR100 dépendra de sa capacité à équilibrer les objectifs environnementaux avec les réalités socio-économiques des régions concernées.

Avec de tels défis et opportunités, comment l’AFR100 peut-il ajuster ses stratégies pour maximiser ses impacts positifs tout en minimisant les risques environnementaux et sociaux ?

Volana Rasoamanarivo

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Volana Rasoamanarivo

Volana Rasoamanarivo a étudié la biologie à Antananarivo et travaillé comme assistante de recherche sur les forêts humides de l'est de Madagascar. Pour Afriquenligne, elle écrit sur les sciences, l'environnement, le climat et la biodiversité africaine, en s'appuyant sur les publications scientifiques et les données de terrain. Elle garde toujours un carnet de relevés botaniques dans son sac.