Société

« 79 % des internautes le disent » : la modération prime sur la liberté d’expression totale dans un monde numérique en ébullition

Volana Rasoamanarivo Par Volana Rasoamanarivo
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« 79 % des internautes le disent » : la modération prime sur la liberté d’expression totale dans un monde numérique en ébullition
Des utilisateurs du monde entier expriment leur préférence pour la modération des contenus sur les réseaux sociaux afin de lutter contre la haine et la désinformation.
EN BREF
  • Une étude menée par la Technical University of Munich et l’Université d’Oxford révèle que 79 % des utilisateurs souhaitent une modération des contenus nuisibles.
  • La majorité des répondants préfèrent une sécurité en ligne à une liberté d’expression sans limites sur les réseaux sociaux.
  • L’absence de consensus universel complique la régulation mondiale, les opinions variant selon les normes culturelles et politiques.
  • L’effet d’acclimatation à la violence et à la haine en ligne inquiète, menaçant les normes sociétales et favorisant la résignation.

Les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre manière de communiquer, mais ils ont également engendré des défis complexes en matière de modération du contenu. Alors que certains plaident pour une liberté d’expression illimitée, la majorité des utilisateurs réclament des mesures pour limiter les contenus nuisibles. Une étude récente menée par la Technical University of Munich (TUM) et l’Université d’Oxford révèle que la modération est devenue une priorité pour de nombreux internautes à travers le monde. Ce document explore les résultats de cette enquête, en mettant en lumière les différences culturelles et les attentes envers les plateformes.

Préférence pour la sécurité en ligne

Il apparaît clairement que la majorité des utilisateurs préfèrent la sûreté numérique à une liberté d’expression sans limites. Selon l’enquête, 79 % des personnes interrogées estiment que les incitations à la violence devraient être supprimées des réseaux sociaux. Les résultats montrent un soutien particulièrement fort pour cette vision en Allemagne, au Brésil et en Slovaquie, avec un taux d’approbation de 86 %. Aux États-Unis, bien que la tradition de la liberté d’expression soit profondément enracinée, 63 % des répondants partagent cette opinion.

En revanche, une minorité significative, soit seulement 14 %, pense que les menaces devraient rester en ligne pour permettre aux utilisateurs de réagir. De plus, 17 % des personnes interrogées estiment que les utilisateurs devraient être autorisés à publier des contenus offensants pour critiquer certains groupes. Ce point de vue trouve le plus de soutien aux États-Unis, avec 29 %, et le moins au Brésil, avec seulement 9 %. Ces chiffres révèlent une tendance claire vers une demande accrue de sécurité sur les plateformes sociales.

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Absence de consensus universel

Malgré ces préférences majoritaires, l’étude souligne qu’il n’existe pas de consensus universel sur la manière de gérer la modération du contenu. Des entrepreneurs influents, tels que Mark Zuckerberg et Elon Musk, défendent la primauté de la liberté d’expression sur la modération. Cependant, les résultats de l’étude montrent que la majorité des personnes dans les démocraties souhaitent des plateformes réduisant les discours haineux et les abus.

Les croyances des utilisateurs varient fortement en fonction des normes culturelles, des expériences politiques et des traditions juridiques des différents pays. Cette diversité rend difficile l’élaboration de règlements mondiaux. Comme le souligne Spyros Kosmidis, professeur de politique à l’Université d’Oxford, les compromis spécifiques entre la liberté d’expression et la modération ne bénéficient pas d’un accord universel.

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Responsabilité : plateformes, gouvernements ou citoyens ?

L’étude met également en lumière les divergences d’opinion concernant la responsabilité de créer un environnement sûr sur les réseaux sociaux. Les répondants ont des avis partagés sur qui devrait principalement assumer cette responsabilité : les opérateurs de plateformes, les gouvernements ou les citoyens individuels.

Pays Opérateurs de plateformes Citoyens Gouvernements
Allemagne 39% 25% 37%
France 29% 31% 37%
Suède 35% 39% 26%

En Allemagne, le Royaume-Uni et le Brésil, environ 39 % des personnes interrogées estiment que les opérateurs de plateformes devraient être tenus responsables. En revanche, en France, en Afrique du Sud et en Grèce, ce chiffre tombe à 29 %. Quant à la responsabilité gouvernementale, seulement 14 % des Slovaques y adhèrent, contre 37 % des Allemands et des Français.

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L’effet d’acclimatation : un problème croissant

L’étude révèle un phénomène inquiétant : l’effet d’acclimatation. 59 % des personnes interrogées considèrent l’exposition à la grossièreté, à l’intolérance ou à la haine comme inévitable sur les réseaux sociaux. Cette résignation se traduit par une normalisation progressive de la haine et de la violence, sapant ainsi les normes sociétales.

Un pourcentage significatif, 65 %, s’attend à des commentaires agressifs lorsqu’ils expriment leurs opinions sur les plateformes. En Afrique du Sud, ce chiffre atteint 81 %, et aux États-Unis, 73 %. Malgré ce climat hostile, une majorité importante de personnes croient encore que les plateformes peuvent être des lieux de discussion civilisée. Seulement 20 % des sondés estiment qu’il est parfois nécessaire d’être grossier pour faire entendre son opinion.

Ces résultats posent une question cruciale : comment les plateformes de médias sociaux peuvent-elles équilibrer la liberté d’expression et la sécurité en ligne tout en respectant les divers contextes culturels ?

Volana Rasoamanarivo

Économie, politique, sciences et sociétés d’Afrique

Volana Rasoamanarivo

Volana Rasoamanarivo a étudié la biologie à Antananarivo et travaillé comme assistante de recherche sur les forêts humides de l'est de Madagascar. Pour Afriquenligne, elle écrit sur les sciences, l'environnement, le climat et la biodiversité africaine, en s'appuyant sur les publications scientifiques et les données de terrain. Elle garde toujours un carnet de relevés botaniques dans son sac.