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Les relations diplomatiques entre l’Éthiopie et la Somalie ont souvent été marquées par des tensions et des intérêts divergents. Cependant, l’année dernière a été un tournant décisif, marqué par un retour à la normalité grâce à la Déclaration d’Ankara du 11 décembre. Cette déclaration a permis aux deux pays de renouer le dialogue, notamment face aux défis sécuritaires pressants de la région. Deux éléments clés de cet accord sont la reconnaissance de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Somalie et la reconnaissance de l’importance capitale de l’Éthiopie pour la paix et la sécurité de la Somalie. Bien que des progrès aient été réalisés, des enjeux complexes subsistent, notamment liés à l’influence croissante de la Turquie dans la région et aux aspirations éthiopiennes d’accès souverain à la mer par le Somaliland.
Les défis sécuritaires en Somalie
La Somalie est confrontée à des défis sécuritaires persistants qui nécessitent une coopération régionale efficace. L’instabilité politique interne, exacerbée par les tensions entre le gouvernement fédéral et les États membres fédérés, complique la situation. Ces tensions ont été accentuées par la montée en puissance du groupe terroriste Al Shabaab, qui continue de représenter une menace majeure pour la stabilité du pays. Les efforts de la Somalie pour renforcer ses capacités de défense ont été entravés par des rivalités internes et des conflits d’intérêts parmi les acteurs régionaux et internationaux.
Dans ce contexte, la présence continue des troupes éthiopiennes en Somalie joue un rôle crucial. Ces forces contribuent à maintenir un certain niveau de sécurité et de stabilité, permettant aux autorités somaliennes de se concentrer sur la reconstruction et le développement économique. Cependant, cette présence est sujette à des critiques, certains acteurs somaliens remettant en question les intentions éthiopiennes et leur implication dans les affaires intérieures du pays.
Par ailleurs, la Turquie a émergé comme un acteur clé dans le secteur de la sécurité en Somalie. Grâce à des accords de défense et de coopération maritime, Ankara a renforcé son influence à Mogadiscio, créant ainsi une dynamique complexe où la Somalie doit naviguer entre les intérêts divergents de ses partenaires internationaux. Le choix entre la Turquie et l’Égypte comme principal partenaire de sécurité reste une décision stratégique cruciale pour le gouvernement somalien.
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La déclaration d’Ankara : un tournant diplomatique
La Déclaration d’Ankara représente un jalon dans les relations entre l’Éthiopie et la Somalie. Cet accord a non seulement permis de désamorcer les tensions, mais a également ouvert la voie à une coopération renforcée. En reconnaissant la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie, l’Éthiopie a fait un pas significatif vers la normalisation des relations bilatérales. Cet engagement est particulièrement pertinent dans le contexte des aspirations éthiopiennes à un accès souverain à la mer via le Somaliland, un projet qui a été mis en veilleuse suite à l’accord.
La Déclaration d’Ankara a également souligné l’importance de la Turquie en tant que médiateur et facilitateur dans la région. Ankara a réussi là où d’autres acteurs régionaux, comme l’IGAD et l’Union africaine, ont échoué à trouver une solution durable aux différends entre l’Éthiopie et la Somalie. Cette réussite diplomatique renforce le rôle de la Turquie en tant qu’acteur influent dans la Corne de l’Afrique, posant de nouveaux défis aux puissances traditionnelles de la région.
En dépit de ces avancées, des questions subsistent quant à la durabilité de cet accord. La Déclaration d’Ankara n’a pas abordé explicitement le Mémorandum d’Entente de 2024 entre l’Éthiopie et le Somaliland, laissant place à des incertitudes quant à l’avenir de cet accord. Cette omission soulève des préoccupations quant à l’engagement de l’Éthiopie envers les principes de souveraineté somalienne, et pourrait potentiellement créer de nouvelles frictions diplomatiques.
Le rôle croissant de la Turquie
La Turquie a consolidé sa position dans la Corne de l’Afrique grâce à une diplomatie active et des partenariats stratégiques. En Somalie, Ankara a signé des accords de défense et de coopération maritime qui ont renforcé sa présence dans le pays. Ces accords, combinés à une coopération dans le secteur des hydrocarbures, ont permis à la Turquie de devenir un acteur majeur dans les secteurs de la sécurité et de l’économie somalienne.
La relation entre la Turquie et la Somalie n’est pas sans défis. La présence turque en Somalie a provoqué des tensions avec d’autres acteurs régionaux, notamment l’Égypte et les Émirats arabes unis. Ces pays voient l’influence croissante de la Turquie comme une menace à leurs propres intérêts stratégiques dans la région. Le gouvernement somalien doit donc naviguer avec précaution entre ces puissances concurrentes pour éviter de nouvelles tensions.
La Turquie entretient également des relations solides avec l’Éthiopie, bien que celles-ci ne soient pas aussi fortes qu’avant 2018. Le gouvernement d’Abiy Ahmed bénéficie du soutien d’Ankara, ce qui pourrait jouer un rôle clé dans l’avenir des relations entre l’Éthiopie et la Somalie. Toutefois, la Turquie doit équilibrer ses engagements dans la région pour éviter d’exacerber les rivalités existantes.
Les implications du Mémorandum d’Entente avec le Somaliland
En janvier 2024, l’Éthiopie a signé un Mémorandum d’Entente avec le Somaliland, un territoire en quête de reconnaissance internationale. Cet accord visait à renforcer la coopération entre les deux parties, notamment en matière de commerce et de développement. Cependant, il a suscité des tensions diplomatiques avec la Somalie, qui considère le Somaliland comme une région autonome mais faisant partie intégrante de son territoire.
Ce Mémorandum a également mis en lumière les ambitions éthiopiennes d’accès à la mer, un objectif crucial pour le développement économique du pays. Toutefois, l’absence de soutien stratégique clair de la part des puissances régionales ou mondiales a rendu cet accord prématuré. Le manque de préparation et les calculs erronés de l’Éthiopie ont conduit à un retour de bâton diplomatique, exacerbant les tensions avec la Somalie et d’autres acteurs régionaux.
La situation est compliquée par la position ambivalente des Émirats arabes unis, qui ont refusé de soutenir ouvertement l’accord. Ce manque de soutien a affaibli la position de l’Éthiopie et a exposé ses vulnérabilités diplomatiques. Le gouvernement d’Abiy Ahmed doit maintenant naviguer dans ce paysage complexe pour rétablir la confiance et renforcer sa position régionale.
Les perspectives d’avenir pour l’Éthiopie et la Somalie
À la suite de la Déclaration d’Ankara, l’Éthiopie s’est engagée à adopter une approche plus institutionnelle et principielle dans ses relations internationales. Cette nouvelle posture pourrait ouvrir la voie à une coopération régionale accrue et à un développement partagé. La quête éthiopienne d’accès à la mer, bien que mise en veilleuse, pourrait être relancée dans le cadre de discussions futures, à condition que les réalités sécuritaires en Somalie le permettent.
L’avenir des relations éthiopiennes-somaliennes dépendra de la capacité des deux pays à surmonter leurs différends historiques et à se concentrer sur des objectifs communs. Les efforts de l’Éthiopie pour renforcer ses relations avec la Somalie, tout en naviguant dans un paysage géopolitique complexe, seront déterminants pour la stabilité de la région.
La Somalie, quant à elle, devra équilibrer ses relations avec la Turquie et l’Égypte, tout en gérant les tensions internes avec des régions comme le Jubaland et le Puntland. La capacité du gouvernement somalien à naviguer dans ces eaux tumultueuses sera cruciale pour son avenir et pour la stabilité de la Corne de l’Afrique.
L’Éthiopie et la Somalie se trouvent à un carrefour crucial de leur histoire diplomatique. La Déclaration d’Ankara a ouvert une fenêtre d’opportunité pour renforcer leurs relations et répondre aux défis sécuritaires communs. Cependant, les tensions persistantes et les intérêts concurrents des puissances régionales continuent de peser sur cette dynamique fragile.
Face à ces défis, les dirigeants des deux pays devront faire preuve de leadership et de vision pour capitaliser sur les progrès réalisés. La question qui se pose est la suivante : les Éthiopiens et les Somaliens sauront-ils saisir cette opportunité pour bâtir un avenir pacifique et prospère, ou succomberont-ils aux pressions historiques et géopolitiques qui les entourent ?
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Est-ce que la Turquie a vraiment l’intention d’aider la Somalie, ou est-ce qu’elle a des intérêts cachés dans la région ? 🤔
Encore un accord qui risque de finir aux oubliettes… Les tensions persistent, et les promesses ne suffisent pas.
Merci à la Turquie pour son rôle de médiateur. Sans elle, la situation serait sûrement encore plus tendue en Afrique de l’Est.
Ce rapprochement pourrait-il vraiment stabiliser la région, ou est-ce seulement une façade diplomatique ?
La Turquie veut tout controler en Afrique ou quoi ? C’est un peu inquiétant non ?
Un grand merci à la Turquie pour sa diplomatie proactive! Espérons que cela portera ses fruits à long terme. 😊
Pourquoi l’Éthiopie tient-elle tant à avoir accès à la mer via le Somaliland alors que ça semble créer plus de problèmes qu’autre chose ?
La Déclaration d’Ankara est-elle réellement un tournant diplomatique, ou juste un accord parmi d’autres dans l’histoire des relations entre les deux pays ?
Les enjeux sécuritaires en Somalie sont complexes. C’est super que la Turquie prenne une position active, mais ça suffira pas à résoudre tout… 😅