Face aux années d’allégations d’abus mis en avant par les communautés locales en Ouganda, qui dénoncent expropriations, procès expéditifs, et arrestations arbitraires en lien avec la présence de TotalEnergies, se dessine une triste réalité dans l’ombre du flamboyant or noir.
Justice ou instrumentalisation ?
Dissimulés sous le vernis de l’industrialisation et du développement économique, des messages troublants émergent du sol fertile de l’Ouganda. Les résidents du village agricole de Kasenyi, dont les vies ont été chamboulées par l’achat par TotalEnergies de terres appartenant à l’État en 2017, témoignent d’une exploitation sans merci. L’un d’entre eux, Mugisa Jealousy Mulimba, fermier et père de sept enfants, dépeint cette situation comme un véritable cauchemar, décrivant l’industrie de l’extraction de pétrole comme une « malédiction ».
Malgré son refus initial d’une offre d’indemnisation de 12,5 millions de shillings (environ 3 000 euros), Mulimba a fini par perdre la bataille judiciaire engagée par TotalEnergies. Est-ce là une démonstration de justice, ou le grave constat de son instrumentalisation au profit d’acteurs économiques puissants ?
L’ombre du néocolonialisme ou l’urgence écologique?
L’Ouganda, particulièrement le district de Buliisa, accueille des espaces naturels préservés d’une biodiversité rare, à l’instar du parc national de Murchison Falls, la plus grande réserve naturelle du pays. Située près du lac Albert et à proximité de la République Démocratique du Congo, cette région est devenue l’épicentre de la convoitise suite à la découverte en 2006 de vastes réserves de pétrole souterraines.
Cet équilibre fragile entre la protection de l’écosystème naturel et l’exploitation économique de ces ressources énergétiques soulève d’importants questionnements éthiques. Les activités de forage et de transport de l’or noir menées par TotalEnergies peuvent-elles cohabiter avec l’impératif de préservation de l’environnement ? L’ombre du néocolonialisme plane, engendrant une lutte acharnée entre les droits fondamentaux des populations locales et les intérêts économiques des entreprises multinationales.
Le gouvernement ougandais responsable ?
La question du rôle du gouvernement ougandais dans cette situation est également préoccupante. Motivé par l’attrait des retombées économiques promises par l’exploitation pétrolière, le gouvernement est-il prêt à sacrifier les droits de ses citoyens et leur environnement naturel pour l’argent du pétrole ?
La compétitivité économique peut-elle justifier les manœuvres autoritaires comme l’expropriation forcée, l’intimidation policière et les arrestations arbitraires dénoncées par les opposants aux projets de TotalEnergies? Ce questionnement soulève en toile de fond une interrogation essentielle : Jusqu’où un pays est-il prêt à aller pour l’argent du pétrole ?




